Aneta Ivanova - Scars Project.
Accords organiques. En mineur, comme il se doit. Ils résonnent partout, se répercutent contre les murs, grimpent jusqu’au toit pour lentement se perdre. Vie éphémère. La nef n’est qu’à moitié remplie. Chrétiens à roulettes. Hypocrites. Je regarde mes ongles, mon vernis bordeaux écaillé et la peau flétrissante. Le tulle de ma mantille et les larmes brouillent ma vision. Ma gorge se noue, j’ai l’impression que ma pomme d’Adam enfle pour contenir mes sanglots.
Derrière moi, mouvement de foule monochrome qui se lève au signal. Les lourdes portes d’épicéa grincent un peu, effleurent le granit. Un prêtre violet entre. Il m’est inconnu, c’était le seul disponible. Deux enfants de chœur le suivent. Ils font trois pas là où il n’en fait qu’un. Presque cocasse. Ils font bien attention à ne pas avancer trop vite quand même, ils souffleraient la flamme. Ils ont le devoir sacré de la garder jusqu’à la fin du chemin. Derrière la religion, viennent quatre costauds et mon mari. Puis, toute sa famille, nos enfants et le vide que j’ai laissé, par refus de participer à ce rituel obligatoire. Je préfère avec certitude mon banc, attendre et observer. Icône de chagrin, seule à la première rangée. Curieuse image, sans doute.
Ils marchent, pendules égrenant des secondes au ralenti. Tous en rythme, quelle synchronisation. La place la plus commode est pour ton père, il n’a pas à se soucier de la taille de ses pas. Avec ses grandes jambes, il aurait vite fait de rattraper le curé. En binaire, ils arrivent à ma hauteur. Tiens, les clous sont argentés et non dorés. Le bois est éraflé et moins rouge que je le souhaitais. Il a une couleur sombre, accordée à l’ambiance de la cérémonie. Je déconseillerai l’adresse aux suivants. Je me noie un peu plus. Je m’accroche à mon banc, phalanges blanchies tandis que mes proches s’installent à mes côtés dans un bruissement discret. Nous restons tous debout, parapluies noirs et voûtés, plantés sur des dalles de granit séculaire.
Texte : ©MarieBarras




